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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 16:03

Tu habites un loft sur les hauteurs de Fourvière à Lyon, une maison en tuffeau en bord de Loire, un appartement haussmannien à Nantes ou une ferme dans le Berry, c'est tout pareil, pour un pariso-parisien, tu habites en province.

 

La province, c'est genre un grand trou noir qui commence derrière le périphérique.

 

Souvent, le parisien, il te dit d'un air joyeux "ce week-end je suis allé en province" (le pariso-parisien, il aime tellement Paris qu'il se barre tous les week-ends en Province).

 

Ah ça tu réponds… Mais où en Province ? Au bord de la mer, en montagne, à la campagne, en Normandie, en Bretagne, en Provence???

 

Nan, genre le parisien après le périphérique, il s'est jeté dans le grand trou noir et pis c'est tout.

 

Le pariso-parisiens se pose toujours de grandes questions sur ce grand magma flou qui encercle la capitale.

La grande interrogation sur la province c'est : mais qu'est ce qu'on peut faire professionnellement en province??

 

Genre il y a 50 millions de français, et bien on se demande bien ce qu'ils foutent de leurs journées ces cons!

 

Pour pas mal de parisien, les provinciaux, ils ont juste fait une croix sur leur carrière et ils attendent la retraite en regardant passer les trains.

 

A part des caissières, des docteurs, des anglais en vacances ou des maçons, on ne voit pas bien ce que peuvent faire les gens...

 

La province, c'est aussi un grand trou noir professionnel.

 

Et puis, en province, les parisiens pensent que les gens sont empêtrés dans un ennui abyssal.

 

En province, tu te fais tellement chier que tu fais des mioches, histoire d'occuper tes soirées.

 

Et puis enfin, en province, t'as juste une vie de beauf.

 

Tu écoutes Rire et chansons, tu roules en Espace vert bouteille, tu habites un lotissement aussi sexy qu'un catalogue de feu la Camif, quand c'est jour de fête tu vas au Flunch avec frites à volonté, et la sortie de l'année tu la passes au Multiplex pour bouffer des popcorns devant un film avec Will Smith.

 

Heureusement, certains pariso-parisiens ont éclairé ma pauvre vie de provincial.

 

Ainsi, durant le même stage que j'évoquais précédemment, j'ai aussi eu droit à un cours de branchitude parisienne… par une vieille bobo.

 

Il y avait une soirée organisée par le boulot et on s'était tous retrouvé au restaurant. La vieille bobo faisait sa diva, elle parlait des nuits au Palace dans les années 80, de ses après-midi à Roland Garros dans les années 90, de son amitié avec Karl…

 

Moi, placé juste en face d'elle, je me sentais légèrement en décalage.

Pour ma part, dans les années 80, je fréquentais la maternelle Jacques Prévert, dans les années 90 j'étais un authentique rebelle et je chantais "no limit" de 2 unlimited à tue-tête dans ma chambre, et ma super amitié avec Antoine, conseiller financier à la Banque postale à Toulouse n'aurait pas passionné grand monde…

 

Du coup, je faisais des"mmmh" et des "ah ouaaaaaaais" et aussi des fois des "c'est clair" et la vieille bobo était ravie.

 

Le truc, c'est qu'à la fin du dîner, on a fait des taxis communs pour les gens qui habitent le même quartier.

 

Et moi, je me suis retrouvé dans le même taxi que la Castafiore vieille bobo.

 

Du coup, elle a continué à me raconter toutes ces parisianneries.

 

Arrivé à destination, je m'apprêtais à lui dire au revoir et finalement elle me sort qu'elle voudrait bien que je la raccompagne chez elle parce que… bon… la sécurité à Paris... c'est pas du tout du tout un problème mais... quand même... on ne sait jamais si Guy Georges s'est échappé de taule cette nuit là... et qu'il a envie de se taper une vieille une femme, ce ne serait pas de chance tout ça…

 

Sur le coup, je suis un peu estomaqué parce que Madâme clamait toujours haut et fort au boulot qu'elle était de gôche et que Sarkozy, les flics et tout ça, c'était honteux et que la France était limite un État policier.

 

En fait, j'avais simplement et définitivement à faire à une bobo.

 

Je la raccompagne donc et, en passant devant un bar elle me demande si je connais cette adresse.

 

"Euh…non… je suis nouveau, je ne connais pas bien les attrapes-bobos bons endroits encore"

 

"Et bien, en fait, c'est l'adresse la plus branchée de Paris en ce moment. Tu vois, c'est tellement branché qu'il ferme le samedi soir."

 

Silence.

 

Moment de solitude.

 

Pourquoi un bar qui ferme le samedi soir est super branché ?????

Je crois plutôt que c'est super con. C'est clair que le Flunch de la zone commerciale de Saint Martin du Fouilloux ne ferait jamais un truc pareil.

 

Explication de texte de la vieille bobo :

 

"Ben tu vois, c'est tellement "province" de sortir le samedi soir que ce bar ferme carrément ses portes. Les meilleures soirées, c'est celles du dimanche. C'est vraiment une super ambiance".

 

Re-moment de solitude devant cet abysse de connerie humaine.

 

Au moins cette discussion m'aura fait comprendre pourquoi tous les lundis matins, on la voyait débarquer au boulot avec une tête de gnou dépressif.

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