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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 15:52

Du temps où j'habitais à Paris, j'ai commencé à me dire qu'il fallait absolument que je fasse du sport.

 

Il faut dire qu'à Paris, tu as vite fait de te taper une vie de rat souris.

 

Tu fais tes courses dans une superette de quartier où tu as autant de choix que sur un marché soviétique des années 50. Dans ta souricière ton appartement, tu mènes une vraie vie de souris. Par exemple, dans ta salle de bains, tu peux te brosser les dents, faire ta crotte et prendre une douche en MEME TEMPS, sans bouger.

 

Avant qu'une queue grise ne me pousse dans le bas du dos, j'ai décidé de lutter contre cette transformation en rat des villes.

 

Il était temps de faire du sport, de respirer, de s'oxygéner et de profiter des grands espaces.

 

A Paris, quand tu recherches tout ça, tu vas au Club Med Gym.

 

Oui, je sais, c'est bizarre.

 

C'est la logique parisienne.

 

Pour tester le concept, je me suis rendu à un cours de bodysculpt.

 

Tu arrives donc dans une pièce remplie de femmes de tous les âges. Une grosse partie de retraitées saucissonnées dans des tenues orange et bleue. On dirait des salamis vivants.
 

Et puis, il y a toutes les petites parisiennes avec la panoplie "ipod/queue de cheval/bouteille d'Évian".

 

Trois pauvres types dans des shorts trop grands zonent au fond de la salle.

 

Je rejoins donc mes collègues masculins et je prends mon petit tapis de sol en caoutchouc qui sent la chaussette transpirante.

 

Puis arrive le prof, un grand mec parfait à moitié brésilien sur les bords, complètement insupportable, pour nous les hommes tout blancs et tout mous du fond de la salle.

 

Les filles de 7 à 77 ans sont aux anges. Ca ricane. Ca pouffe. Ca glapit.

 

Le prof met la musique et commence à faire des étirements.

 

Toutes les filles sont super appliquées et en même temps très à l'aise.

 

Nous, les mecs du fond, on est raide comme des planches et aussi à l'aise que dans une boîte pour lesbiennes.

 

Il y a ceux qui se forcent à rigoler aux blagues affligeantes du prof, ceux qui son concentrés sur leurs mouvements et ceux qui sont concentrés sur les mouvements… des filles.

 

Les salamis de 80 ans, elles, tiennent une forme d'enfer.

 

J'ai l'impression que mon corps est rouillé. Tout me fait mal. Je souris aux autres l'air satisfait alors que mes mains sont à 20cm de mes pieds.

 

Je regarde mes collègues masculins qui sont dans la même détresse.

 

Je me cache derrière un salami bleu pour éviter de croiser le regard du prof insupportable qui contrôle l'exactitude de la position de chaque salami.

 

Et, ce qui devait arriver, arriva.

 

Le prof me remarque.

 

"Le Monsieur au fond avec son short beige, ça ne va pas du tout, allez on tire sur les bras!!!"

 

L'armée de salamis et de parisiennes pincées se tournent vers moi avec un air de consternation.

 

Que faire?

 

- Fuir en traitant tout le monde de salamis géants

 

- Pleurer intérieurement pendant le cours puis extérieurement chez moi dans 1 heure

 

- sourire pour dédramatiser la situation

 

Je choisis la dernière option. Je souris donc niaisement. Les salamis me dévisagent avec pitié. Certaines font des commentaires dans le creux de l'oreille de leurs voisines. J'imagine les horreurs qu'elles doivent raconter.

 

Je jette un œil aux autres garçons, ils sont aussi nuls que moi mais ils ont surtout l'air bien content que le prof s'acharne sur mon sort.

 

"Allez Monsieur, on arrête de regarder autour de soi et on descend ses mains vers ses pieds!"

 

Je fais mon maximum et si je tire plus, je me casse en deux et je finis tétraplégique pour le restant de mes jours.

 

Je me vois mal répondre aux gens qui me verront avancer en fauteuil:

 

"Vous avez été victime d'un grave accident de voiture?"

 

"Non, non, c'est juste un gros connard de prof de sport à deux balles qui m'a obligé à me rompre en deux pour pouvoir toucher mes pieds avec mes mains. Remarquez, maintenant je suis bien content puisque j'y arrive!"

 

Donc, comme je n'ai pas l'intention de finir un fauteuil à cause d'un Big Jim de salle de sport, je reste là les mains tombantes à 20 cm de mes pieds.

 

Manifestement, le prof est agacé par mon manque d'acharnement.

 

Il quitte le milieu de la salle et vient me rejoindre.

 

Il se met en face de moi et me montre le mouvement qu'il faut EXACTEMENT faire.

 

"Allez Monsieur, on fait comme moi, inspireeeeeeeeeeeeeeeezzzzzzzzz, expireeeeeeeeeeeeeeeeeeeez, allez allez allez, on va y arriver on tend ses mains vers ses pieds!!!"

 

Pendant que je m'applique le plus possible pour qu'il me lâche la grappe, j'entends les premiers gloussements de salamis…

 

Putain, j'aurais mieux fait de rester dans mon appartement de souris à bouffer mon gruyère tranquille.

 

Le prof insiste lourdement, me lance une vanne…

 

Je souffre en silence en jurant de ne plus remettre la moitié d'un bout d'ongle de doigt de pied dans cet antre du diable.

 

Puis, une fois qu'il s'est bien acharné, il repart se placer devant ses groupies.

 

Pendant 15 minutes, on continue à faire les marsipulamis en sautant partout.

 

Puis, vient le moment des altères. Tout le monde se saisit de deux altères, un dans chaque main.

 

"Et hop, on soulève, on redescend, on soulève, on redescend…."

 

Au début, je suis très à l'aise. L'exercice est simple, les altères ne sont pas trop lourds…

 

Au bout de 2 minutes, je sens mes bras engourdis.

 

Au bout de 3 minutes, mes bras se mettent à trembler, j'essaie discrètement de ralentir la cadence.

 

"Le Monsieur au fond avec le short beige, allez! On garde le rythme!!! 1 et 2! 1 et 2! 1 et 2!"

 

Et c'est là que pour la première fois de ma vie, je me suis senti VIEUX.

 

Les salamis de 80 balais montaient et descendaient leurs altères avec régularité et décontraction.

 

Une des mamies qui devait bien avoir 70 au moins, me fixait droit dans les yeux tout en levant son altère l'air de rien.

 

Au moment où j'ai cru que l'allais m'écrouler par terre pour faire une petite crise de spasmophilie/tétanie/épilepsie, le prof a donné le coup d'arrêt à l'exercice.

 

J'ai posé mes altères, rangé mon petit tapis de sol aux effluves de chaussettes, sourit à mes compagnons d'infortune et JE ME SUIS BARRE A TOUT JAMAIS de ce lieu de torture…

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commentaires

lardon 09/09/2009 12:39

ah oui je frequente cette belle entreprise depuis plusieurs années et je vois bien de quoi tu parles!!
le pire c'est les cours d'aerobic où il y a une chorégraphie; et moi je ne dois pas avoir les deux hemispheres du cerveau bien connectés car incapable d'y arriver, une belle honte la seule fois où j'ai assisté au cours...

MENINGAUD 08/09/2009 09:32

Merci pour cet article ! Il m'a bien fait rire. Habitant à Paris et fréquentant les cours de fitness, je n'ai pas eu beaucoup de mal à imaginer la scène. Et je dois avouer que le manque de souplesse de certains garçons m'a quelques fois laissé perplexe...

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